Monde du sport

Sport : Pourquoi la dépression est plus fréquente pour les sportifs de haut niveau ?

12 août 2020

A la veille du match le plus important de l’histoire de l’Atalanta Bergame, un quart de finale de Ligue des champions face au PSG, son meilleur joueur, l’attaquant slovène Josip Iličić est forfait. Pourtant, physiquement, le joueur de 32 ans est au top de sa forme, aucune blessure à signaler. Non, s’il est absent, c’est qu’Iličić souffre d’une dépression et a choisi de rentrer au pays pour se ressourcer. Un choix qui a fait parler et qui cache beaucoup d’autre cas, moins exposés.

Dans le cas d’Iličić, ce sont les conditions sanitaires et la vue des camions transportant des milliers de personnes décédées, lui rappelant son enfance passée à fuir les bombes en ex-Yougoslavie, qui ont vraiment plombé son moral. La crise du Covid-19 et les inquiétudes qui vont avec, au sujet de la santé et des compétitions sportives, ont fait beaucoup de mal à un grand nombre d’athlètes. Mais avant cela déjà, la situation était vachement galère.

Plus courant qu’on ne le croit

Selon une étude, 38% des footballeurs passent par au moins une phase de dépression durant leur carrière*. Alors que ce chiffre n’est que de 13% à l’échelle de la population. Si la proportion est sans doute plus importante en foot que dans les autres sports, de par sa médiatisation extrême et l’amplification de chaque détail, le phénomène touche toutes les disciplines. Pression pour rapporter de l’argent, espionnage de sa vie privée par les médias, usure physique : la vie des sportifs pros a beau avoir des avantages, elle n’est pas toute rose pour autant. Et on ne parle même pas de leur départ à la retraite, lorsqu’ils abandonnent ce à quoi ils ont dédié toute leur vie.

Dans sa biographie, Andrés Iniesta, la légende du Barça, a révélé avoir subi une grave dépression en 2009 après la mort de son ami Dani Jarque, au point de penser à arrêter sa carrière.

Du mieux dans l’accompagnement

Le suicide du gardien international allemand Robert Enke en 2009 a agi comme une prise de conscience quant au fait que les sportifs étaient des êtres humains comme les autres et pas des robots. Depuis, presque tous les clubs/associations sportives pros ont engagé des psychologues pour un suivi constant et personnel. Mais il y a encore des progrès à faire : parler à un psy c’est bien, mais le sport de haut niveau restant un monde requins, il est toujours très difficile d’en parler à son entraîneur ou à ses coéquipiers, sous peine de passer pour un fragile sur qui l’équipe ne peut pas compter.

Le joueur de tennis André Agassi a vécu une dépression à la fin des années ’90 avant de sortir du trou et de vivre une deuxième partie de carrière magnifique

Tout cela montre qu’en se retirant chez lui dans une période aussi cruciale pour son club, et en évoquant publiquement sa détresse, Iličić fait figure de quasi-exception. L’attaquant ne sera donc pas présent contre le PSG. En face, la participation de Kylian Mbappé est elle aussi incertaine, mais dans son cas, c’est en raison d’une blessure, beaucoup plus « classique ».

*Source : Une étude menée par la FIFPro, Fédération Internationale des Footballeurs Professionnels, datant de 2015