Monde du sport

USA : Pourquoi l’hymne national est au cœur d’un immense bordel ?

17 août 2020

Imaginez-vous, vous êtes une des plus grandes, si ce n’est LA plus grande puissance mondiale. Vous avez influencé une partie du monde moderne en terme de culture, vous possédez un vivier d’athlètes surhumains, vous êtes INVINCIBLE ! Enfin presque, puisque comme chaque antagoniste, derrière votre force se cache un point faible fatal, et le votre est dévastateur : voir quelqu’un s’agenouiller pendant l’hymne national.

Le mouvement, dont Colin Kaepernick est devenu le symbole, continue de rendre fous les Américains les plus patriotes, mais ce sont des joueuses de la WNBA (l’équivalent féminin de la NBA et le terrain de jeu de notre Emma Meesseman nationale) qui défraient la chronique cette semaine en quittant carrément le match lors de l’hymne. Mais pourquoi ce boycott fait-il autant criser les gens et surtout quel est le message derrière ce geste ?

Les joueuses de New-York et celles de Seattle ont expliqué avoir agi de la sorte car  » S’agenouiller ne nous semble pas suffisant pour protester […] Nous préférons ça plutôt qu’une protestation silencieuse. Parce que nous ne sommes en aucun cas silencieuses. »

Tout a commencé avec un genou au sol

Quarterback pour l’équipe NFL de San Francisco, Colin Kaepernick cherche à briser les codes et à utiliser son statut de superstar naissante pour donner une voix au mouvement contre les violences raciales et policières envers les minorités. Mais comment passer un message fort sans être violent ? C’est en s’inspirant de l’idée de l’écrivain Henry David Thoreau qui suggère des manifestations pacifiques et non-violentes que lui viendra l’idée de boycotter l’hymne national, symbole de la suprématie américaine (et blanche).

C’est Nate Boyer, ancien militaire reconverti en joueur NFL (à droite sur la photo de couverture), qui lui suggérera de poser un genou au sol, considéré comme un symbole fort entre militaires pour montrer son respect aux frères d’armes tombés au combat.

Pays de la liberté à deux vitesses

C’est loin d’être la première fois que des sportifs prennent position pour une idéologie sociopolitique. Dans un pays qui se la raconte constamment sur la liberté qu’il propose à ses citoyens, on remarque vite qu’il y a certaines limites imposées. Brandon Marshall (Denver Broncos) a perdu pas mal de sponsors en imitant Kaepernick. En 1996, c’est le basketteur Mahmoud Abdul-Rauf, fraîchement converti à l’Islam, qui se voit forcé par la NBA à se tenir debout pendant l’hymne, qu’il boycottait en raison de ses lyrics un peu trop violents.

En 2016, la gymnaste américaine Gabby Douglas a été forcée de présenter des excuses publiques à la nation entière pour avoir laissé « pendre ses bras » durant l’hymne national au Jeux olympiques de Rio.

Des ennemis mais aussi des alliés

C’est facile pour nous, simples petits Belges, de se rendre compte du lavage de cerveau ultra-nationaliste dont sont « victimes » les Américains. Il n’y a qu’à voir le nombre d’attaques subies par Kaepernick après son geste : viré de la NFL, sali par d’autres sportifs, insulté de traître par des figures politiques, descendu dans les médias, et on en passe… Mais le temps finit toujours par triompher et les alliés se multiplient petit à petit pour l’aider à valoriser sa cause. Comme la NBA qui a décidé de ne sanctionner aucun joueur qui voudrait faire passer un message à titre politique ou voulant s’agenouiller durant l’hymne.

Je suis sûr que j’aurais été critiqué pour ça. Pas de problème. Je pense que le message de Colin était très simple, que la brutalité policière doit cesser […] D’ailleurs, de mon point de vue, c’est aussi ce que le drapeau représente. La capacité à parler, à exprimer votre opinion, et tout le monde y a droit.

Kobe Bryant, qui nous a malheureusement quittés un peu plus tôt cette année, s’était exprimé en son temps sur sa position dans cette affaire.

C’est de plus en plus observable : le sport, qui n’était auparavant qu’un moyen de divertir le peuple, a pris à notre époque une dimension bien plus importante. Si certains s’en servent dans un contexte géopolitique, d’autres l’utilisent comme vecteur de liberté d’expression et de justice sociale. Certains sportifs sont prêts à mettre leur réputation en jeu, quitte à se faire détester et à perdre leur place dans l’élite, simplement pour donner une voix à ceux que l’on refuse d’entendre. Ensemble, nous pouvons nous battre pour un monde plus juste.